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Chris Delville

 

Grave et dessine.

Étudie la peinture au « 75 » en 1978.

Suit une année de dessin à Londres à la « Central School of Arts » en 1981

Atelier de gravure Uccle avec Anne Wolfers 1991
Prix de la gravure à La Louvière 1994.
Boursière à l’atelier de gravure à la cité des Arts Paris 1997.
Prix européen de la gravure Bruges 2002

Nombreuses expositions collectives et personnelles.


Anime depuis 2012 l’atelier de gravure au club Antonin Artaud

Un tumulte tranquille 

ce texte de  François Emmanuel pour décrire son approche                                                                 

Ce sont des femmes arbres, des dignitaires raides et penchées, qui parlent des langues de glace.
Ce sont des animaux étranges, cerfs chamois sauterelles, renards aux pattes d’os.
Ce sont des créatures du pays froid, intactes et miraculeuses, encloses dans la nacre comme des fragments fossiles.
Et tout autour une musique tremble, un rythme agence les motifs, blasons, médaillons, cartouches, un trait hésite sur un bord, fasciné par l’entaille, la blessure au papier, au voluptueux fond de velours.
C’est un ordre sacré de traces, de bornes incertaines, des brindilles dans la neige qui font signe au regardeur.
C’est un rébus savoureux et pourtant cryptique, plages, piquetés, aplats, lignes d’erre.
Ce sont les restes d’un conte indémêlable, d’un rêve de nuit noire, images en arrêt d’un autre temps, d’un ailleurs ahurissant, mais si net cependant.
On pense à une beauté en éclats, une beauté encalminée.
On pense au silence qui cerne les figures, on pense à l’amitié des bêtes, on pense à la douleur sans voix, la tendresse des corps seuls.
On devine un texte sous l’image, mais chuchoté, effacé, redevenu matière.
C’est ce texte qui a fait venir l’image, dit-elle, tandis qu’à mots choisis elle évoque ses poètes, Han Shan qui écrivait sur l’écorce des arbres, Rilke dont la langue transie erre encore entre terre et ciel, Akhmatova et ses scènes brisées, son alphabet d’ailleurs. Dans le territoire où l’on grave l’inversion est reine, dit-elle, et l’espace est sans limite, on y avance à l’aveugle, on ne voit pas ce qu’on fait.
Entre moi et le papier qui absorbe que rien ne fasse écran. Entre moi et le fond que je polis (crayon, pointe sèche, aquarelle) qu’il n’y ait que mes mains à l’œuvre.
Entre moi et la plaque que je paume qu’il n’y ait que le frotté méticuleux de ce temps artisanal.
Entre moi et ce dessin qui m’appelle « du fond de sa surface » qu’il n’y ait pas autre chose que l’inconnu qui creuse.
Et face à ce tumulte tranquille que chaque jour je couche, j’apaise, j’ordonnance, que je sois comme une corde vibrante, ni trop lâche, ni trop tendue.
Ce monde qui m’arrive aux doigts est mystérieux, talismanique.
J’y viens lentement, je rôde longtemps en ses parages, longtemps je charge l’espace de mon regard, je scrute, puis les premières lignes se posent et alors tout commence.