Après nous être intéressé longuement au repérage en lithographie dans notre article « de fil en aiguille : le repérage à l’aiguille », voici la suite où nous nous intéressons (vidéo à l’appui) à la technique de la lithographie couleur « façon Lipit ».

En lithographie traditionnelle, on utilise une pierre par couleur mais il est possible de procéder autrement.

C’est au fil de ses expérimentations que Jean-Pierre Lipit a imaginé une méthode qui ressemble à la technique du bois perdu, mais qui est, pour lui, plus libre et se pratique à l’envers.

Pas de panique, Lipit vous dit tout, et vous allez comprendre!

1) La couleur foncée

 Jean-Pierre commence par un petit rappel bien utile:

Pour le bois perdu, on va généralement des tons clairs vers les tons sombres et on termine par les traits, la structure de l’image.

>>> pour en savoir plus, découvrez notre article « à bois perdu » en cliquant ici.

En lithographie, je fais l’inverse. Je commence donc par dessiner la structure, la mise en place, les traits que j’imprime dans un ton généralement sombre [A]:

À gauche la pierre avec le dessin « structurel », et à droite l’impression de la première couche foncée [A]

2) On ajoute et on superpose

Alors que dans le bois perdu, on enlève de la matière au fil des impressions, ici, sans rien enlever sur la pierre, j’ajoute la matière qui donnera la couleur suivante [B]:

Ajout sur la pierre, à l’encre de dessin lithographique, de ce qui donnera la couleur [B]
impression de la couleur [B]
Résultat de l’impression de la couche plus claire [B] sur la couche foncée [A]

3) On enlève, on ajoute et… on superpose (encore)

Mais ce n’est pas tout! Nous parlions d’une technique plus libre car, contrairement au bois perdu, la pierre va permettre, à chaque nouvelle étape, d’enlever et/ou d’ajouter de la matière.

Je m’explique. Une fois la couleur [B] posée, on efface les parties qui doivent conserver cette couleur et on ajoute la matière qui va permettre l’ajout d’une couleur [C]

Avec, entre autre, un bâtonnet de pierre ponce, Jean-Pierre efface la partie du dessin qu’il ne souhaite pas conserver pour la couleur suivante [C]. Si il le souhaite, il pourra toujours, après passage de vinaigre sur la pierre, ajouter du dessin.
Impression de la troisième couche [C]
Et enfin, l’impression finale

Et que se passe-t-il après les trois passages?

On peut trouver sur l’impression finale:

– les couleurs A, B et C pures

– les superpositions des couleurs A et B

– les superpositions des couleurs A et C

– les superpositions des couleurs B et C,

– les superpositions des couleurs A, B et C

Autrement dit, 7 tons différents.

Et on peut continuer ainsi jusqu’au nombre de couleur que l’on souhaite, multipliant à chaque fois le nombre de tons.

4) Conclusion

Pour finir, Jean-Pierre nous fait ces quelques remarques pratiques:

– On utilise toujours des couleurs additionnées de transparent.

– L’impression lithographique se fait normalement sur papier légèrement humide. Dans ce cas, la pression du râteau a tendance à allonger le papier, ce qui, quand on travaille la litho couleur, ne peut pas arriver. Je travaille donc avec des papiers secs. J’ai alors un premier tirage (ton sombre) qui manque de profondeur, qui est souvent mièvre, pauvre. Souvenez-vous: après le premier passage, je n’ai rien effacé . donc le passage de la deuxième couleur qui vient se superposer à la première comble ce manque.

– Toutes les impressions couleurs demandent un repérage précis. A l’atelier Kasba, nous pratiquons le repérage à l’aiguille. Il a l’avantage notamment de pouvoir utiliser des papiers plus grands que la pierre.

>>> pour découvrir l’article « de fil en aiguille: le reprérage à l’aiguille » cliquez ici

Et voilà, maintenant vous savez tout sur la lithographie couleur « façon Lipit ».

5) Petit bonus

Et voici, comme promis et pour vous récompenser, une petite vidéo:

Article confectionné par Jean-Pierre Lipit et Nicolas Mayné


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